Petit chat malade

06 octobre 2017

L'invisibilité sociale

Le regard porté sur autrui constitue l’un des véhicules les plus puissants des préjugés sociaux. Plus violent qu’une insulte, le regard qui se détourne peut manifester une volonté d’indifférence, le choix de ne pas reconnaître l’autre comme suffisamment digne d’être perçu. « Pour se rendre invisible, n’importe quel homme n’a pas de moyen plus sûr que de devenir pauvre » écrivait Simone Weil (1953). Cette auteure n’a eu de cesse d’essayer de comprendre le lien entre les conditions objectives d’existence, le regard porté sur l’individu, et celui que l’individu porte sur lui-même, cherchant à cerner ce cercle vicieux conduisant une partie des personnes pauvres à basculer dans la marginalisation sociale, parfois jusqu’à l’oubli, à la disparition sociale. Pour lutter contre l’invisibilité sociale, Simone Weil proposait non pas d’accorder plus de droits aux citoyens, comme on aurait pu s’y attendre, mais d’exiger d’eux plus de devoirs envers l’être humain (Janiaud, 2012). Obliger à agir ceux dont l’indifférence est la cause de l’invisibilité de certains, plutôt que d’attribuer aux invisibles des droits qu’ils n’ont déjà plus suffisamment de force pour revendiquer par eux-mêmes, telle était la volonté de Simone Weil. Mais l’invisibilité des pauvres n’est pas seulement sociale au sens strict du terme. De nombreux travaux ont contribué à promouvoir une interprétation plus large de ce phénomène. À l’invisibilité sociale se sont ajoutés l’invisibilité politique, l’invisibilité médiatique, ainsi qu’une forme d’oubli de certaines catégories de population par l’action publique (Beaud et al., 2006 ; Rosanvallon, 2014). Les invisibles seraient aussi ceux que les chercheurs n’étudient pas, ou peu, soit tous les groupes dont les difficultés spécifiques n’ont pas encore été analysées par les sciences sociales (Gatti, 2003). Ce caractère multidimensionnel évoque une « invisibilité sociétale » plutôt que sociale. Qu’elle soit sociale ou sociétale, l’invisibilité peut être subie ou choisie. Un tel choix s’effectue dans le cadre d’une stratégie offensive ou bien défensive. Ainsi, certaines catégories de la population organisent-elles fréquemment une forme d’invisibilité sociale, tel ce couple d’acteurs américains ayant acquis une demeure en Provence dans laquelle ils se rendent discrètement et dont ils ne sortent jamais, se rendant ainsi invisibles aux regards des habitants1 . Une telle stratégie revient à revendiquer un certain droit à l’oubli. À l’inverse, des personnes pauvres font le choix de cacher leurs difficultés à leur environnement social ou aux institutions, par crainte d’être stigmatisées. Cette invisibilité choisie témoigne d’une stratégie de résistance. L’invisibilité peut donc être sociale ou sociétale, subie ou choisie.

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07 septembre 2017

A Cape Town

Le mois dernier, j'ai participé à un séminaire à Cape Town sur le thème de l'écoute client. Et un intervenant nous a rappelé quelques règles indispensables pour soutenir cette fameuse écoute. Tout d'abord, il est important de faire un point sur le sujet. Écouter, ce n'est pas laisser le client ergoter dans un coin. C'est au contraire éplucher ce qu'il dit, lui poser des questions précises, s'intéresser à son historique. C'est également être à l'affût de ses réactions physiques. Les mimiques du visage et le ton de la voix peuvent être autant de signes révélateurs de ses pensées. Tous les commerciaux ne le comprennent pas forcément. Il faut donc mener un audit auprès d'eux pour voir ce qu'il en est. Et même si cet audit est positif, il vaut mieux prévenir que guérir, en organisant régulièrement des séancse de remise à niveau. On peut par exemple mener, tous les trimestres, des séances de formation d'une matinée pour creuser certains thèmes. Ces sessions de formation donnent à chaque participant la possibilité de cultiver une écoute active. Elles constituent en outre des moments ludiques, via des jeux de rôles, ce qui permet en général aux commerciaux de se retrouver et d'échanger sur leurs meilleures techniques. N'hésitez d'ailleurs pas à proposer aux meilleurs éléments d'assurer le rôle de formateurs : c'est une très bonne façon de reconnaître les plus appliqués. Il faut simplement prendre en compte les jalousies existant au sein de votre équipe avant de prendre une décision. Enfin, il peut être utile d'habituer vos commerciaux à de nouvelles techniques de communication. Des approches telles que la Process Com peuvent leur permettre de mieux se connaître en tant que commercial, et aussi, par là même, de mieux connaître leurs interlocuteurs. De même, il faut mettre sur pied un programme pour vérifier en pemanence la bonne écoute dont font preuve vos commerciaux, notamment en les encourageant à rentrer méthodiquement les données client dans les reportings. Autrement, j'ai bien aimé ce séminaire: l'équipe organisatrice était très efficace. Voilà l'agence qui nous l'a proposé, si vous souhaitez organiser un événement original. Encore plus d'information sur ce séminaire à Cape Town en surfant sur le site internet de l'organisateur.

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02 août 2017

Oooh, pauvres petits chats malades...

Ils sont bien tristes, les chatons. Bien qu'ils aient accédé aux plus hautes fonctions, ils ne cessent de dégringoler dans les sondages. Reste à voir si, comme le dit le proverbe, les chats retombent toujours sur leurs pattes. Pas sûr...

Chaton Trump ne cesse d'accumuler les déboires, depuis son investiture. Son projet de mur n'est toujours pas financé, ses décrets migratoires sont dans une impasse, son abrogation de l'Obamacare est dans les choux, et les soupçons de collusion avec la Russie tournent en cercles de plus en plus serrés autour du locataire de la Maison-Blanche. Tout va si mal dans ce fameux bureau oval que Trump est contraint d'aller jouer au golf à son club très privé parce que la Maison Blanche "est un vrai dépotoir" (ou un "trou à rat, selon la manière dont on traduit le terme dump).

Et puis, plus près de nous, il y a le chaton Macron. Doit-on mettre les deux chatons sur le même plan ? Non, pas vraiment. Mais il ne faudrait pas non plus trop les séparer non plus. Tous deux ont été élus en faisant preuve de démagogie. Tous deux sont aussi immatures (une immaturité qui a bien transparu dans cette fameuse poignée de main entre les deux hommes : on est très loin du comportement de chefs d'Etat responsables !). Et tous deux attachent une énorme importance à l'image qu'ils renvoient. 

Là s'arrête la comparaison, cependant. Car Trump fait preuve d'une agressivité et d'une détermination frontale dans sa gestion du pouvoir. Chaton Macron, quant à lui, est plus prudent : il préfère envoyer d'autres au casse-pipe. Il l'avait déjà fait sous le gouvernement Hollande, en rédigeant un projet de loi travail qu'il a ensuite "généreusement" confié à Myriam El Khomri pour qu'elle aille en première ligne. Il le fait aujourd'hui encore, en se dédouanant de ses lieutenants sur la baisse des APL. Il les a vertement tancés sur le sujet, tonnant que c'était là "une connerie sans nom". Le gros mot dénote la fermeté dont le président sait faire preuve lorsque la situation l'exige. Mais cette réaction ne convainc pas. D'abord, elle est bien trop tardive. Ensuite, qui peut vraiment croire que cette mesure a été prise sans le chef de l'Etat ? Non, Macron a seulement, une fois de plus, envoyé au casse-pipe ses généraux. Pour tester les réactions, pour observer. Macron est à l'évidence un tacticien. Mais un tacticien dont les manoeuvres apparaissent aussi clairement, et aussi rapidement, témoigne d'un bien pauvre savoir-faire en la matière...

Posté par vretaux à 14:03 - Permalien [#]