L’un des romans les plus populaires d’Agatha Christie, c’est Le meurtre de Roger Ackroyd. Ce n’est pas le premier qu’elle a publié, car il n’a été que le sixième dans l’ordre chronologique, en 1926, mais il a été le premier publié en France. Il faut dire que nul avant Dame Agatha n’avait eu cette idée extravagante de raconter l’histoire entière d’une enquête policière, mais par la voix de l’assassin, sans que le lecteur puisse se douter de l’astuce. Or ce roman a été assez mal accueilli en Angleterre, par les critiques professionnels. L’un d’eux a estimé que le livre était très mauvais, un autre a juré qu’il ne lirait plus aucun roman d’Agatha Christie, et ainsi de suite. Mais le temps a fait oublier tout cela, et le livre reste extrêmement populaire. Dans le même genre, son autre roman, Dix petits nègres, a remporté un succès aussi éclatant, même si son titre a froissé quelques susceptibilités, au point qu’on l’a réédité sous d’autres titres, Dix petits Indiens, et À la fin il n’en reste qu’un. Celui-là a été porté au cinéma, dans un mauvais film à la distribution fâcheusement internationale (Charles Aznavour, Adolfo Celi, Stéphane Audran, Richard Attenborough, Gert Fröbe, Herbert Lom, Elke Sommer, Oliver Reed, et la voix d’Orson Welles), et dans un téléfilm en trois parties de la BBC, beaucoup plus réussi, avec l’excellent Charles Dance. Je suis très « client » d’Agatha Christie, et j’ai lu absolument tous ses livres. Mais je ne suis pas assez futé pour être capable de trouver l’assassin avant les dernières pages. Sauf, et c’est là le point le plus curieux, pour Le meurtre de Roger Ackroyd ! En effet, le docteur Sheppard, qui est l’assassin désigné par Hercule Poirot, raconte sa dernière entrevue avec sa victime, et rapporte qu’ayant discuté avec Ackroyd de ce que ce dernier devait faire, lire une certaine lettre, il conclut son récit par ces quelques phrases : « La lettre lui avait été remise à 9 heures moins 20. Il ne l’avait toujours pas lue quand je le quittai, à 9 heures moins 10 exactement. J’hésitai un instant sur le seuil, la main sur la poignée, et me retournai en me demandant si je n’oubliais rien. Non, apparemment. Je n’avais plus rien à faire ici. Résigné, je quittai la pièce et refermai la porte derrière moi ». Ces dix minutes m’avaient semblé un délai bien long pour un simple avis, surtout si la lettre n’avait pas été lue, et le fragment de phrase « [je] me retournai en me demandant si je n’oubliais rien » était plus que suspect. Je ne me vante pas, car c’est la seule occasion que j’ai eu de trouver le nom de l’assassin avant les lecteurs habituels ! Au fait, savez-vous qu’il existe un livre, que j’ai lu, Qui a tué Roger Ackroyd ?, datant de 1998, et dont l’auteur, Pierre Bayard, « démontre » que le véritable assassin de Roger Ackroyd n’est pas le docteur Sheppard (commentaire critique ICI), mais un autre personnage, que je vous laisse découvrir. Évidemment, il est indispensable d’avoir lu aussi le roman d’Agatha Christie ! Mais il y a des corvées plus rebutantes...