L’économie de l’immatériel est fondée sur des coûts fixes importants, qu’il s’agisse de dépenses de R&D ou de publicité, et que la possibilité d’ensuite rentabiliser ces coûts fixes est loin d’être évidente. D’où l’intérêt de partager la charge que représentent ces dépenses immatérielles en impliquant plusieurs partenaires par la mise en commun de moyens, quitte à partager ensuite les revenus de l’innovation qui découleront de cette collaboration. Ainsi, par exemple, l’entreprise Freescale (ex-Motorola Semiconductors), qui emploie 1 900 personnes à Toulouse, a mis en place un réseau de recherches avec d’autres partenaires du secteur automobile de façon à développer de nouvelles solutions pour les réseaux informatiques embarqués dans les voitures. Dans le même ordre d’idée, on note, dans les industries de l’entertainment, une tendance au développement des coproductions permettant de répartir entre plusieurs acteurs le coût de réalisation d’un film ou d’un jeu vidéo. Un autre avantage de cette mise en commun des dépenses immatérielles est aussi de multiplier les possibilités d’échange et de contacts entre différents partenaires et donc de maximiser les chances de succès, qu’il s’agisse des résultats d’une opération de R&D ou de la qualité d’un scénario et d’une œuvre. Pour le dire simplement, en travaillant à plusieurs, on a plus de chances de trouver de bonnes idées et de réduire les risques financiers qu’en travaillant seul. Dernier avantage du partage des dépenses et de la mise en commun de moyens : éviter d’être exclu d’un marché du fait d’un effet de réseau. Ainsi, si deux entreprises développent chacune des standards différents et non compatibles pour une technologie, l’une d’entre elles risque de perdre entièrement son investissement si les consommateurs adoptent la norme de son concurrent. L’échec du standard Betamax de Sony, en matière de magnétoscopes, est, de ce point de vue, un cas d’école. Des entreprises concurrentes peuvent donc trouver un intérêt évident à collaborer pour définir ensemble un standard commun à partir duquel elles créeront chacune leur gamme de produits. Un exemple de ce type de collaboration peut être trouvé dans le développement des patent pools, c’est-à-dire d’organisations qui permettent à des entreprises de mettre en commun leurs brevets pour favoriser la diffusion de la technologie que ces brevets protègent. Un bon exemple est le cas de la norme de compression vidéo MPEG, qui fait l’objet d’un patent pool regroupant 134 familles de brevets développées par des compagnies comme Alcatel, Canon, France Télécom, Matsushita, Thomson Licensing, Philips. Grâce à cet accord, les utilisateurs de cette norme n’ont pas à rémunérer chacun des détenteurs de brevets mais traitent directement avec la structure gestionnaire du patent pool, ce qui facilite la diffusion de cette technologie.